Héritage et émancipation de la composition numérique
Analyse des comportements numériques
L’hyperlien est un nouvel outil dans les mains de l’utilisateur ; celui-ci sera tenté de cliquer sur tous les liens que croise son regard, submergé par les quantités phénoménales d’informations que propose l’Internet. Le comble de l’écrit tabulaire (indexé) arrive avec ce média dont le principe est avant tout celui du choix : le lecteur choisit où il veut aller, il choisit ce qu’il lit et comment il le lit. La souris devient donc une télécommande évoluée qui suscite des déplacements chaotiques et extrêmement rapides, peu propices à la lecture concentrée.
Lire beaucoup mais de façon superficielle
L’œil va suivre le trajet de la souris et donc de la main, quitte à zapper lorsque l’information n’est pas suffisamment intéressante. Notre lecture sur écran se rapproche donc des habitudes télévisuelles. Car d’un lecteur qui va chercher la compréhension nous passons au spectateur qui cherche l’émotion, l’urgence, l’immédiateté. Dans l’extrême, ce même lecteur pourrait tomber dans une lecture compulsive dont l’objectif ne serait plus la compréhension ni le savoir mais la lutte contre l’ennui. On surferait sur le Web comme on lirait un tabloïd ou un magazine “people” en attendant le train.
L’internet éthique
Cette boulimie d’information que le web propose ne va-t-elle pas encourager le lecteur à rogner sur la qualité, pour la quantité ? Le contexte d’auto-régulation qui plane autour d’Internet oblige chaque internaute à réfléchir sur l’impact de sa consommation documentaire.
En outre, il ne faut pas oublier que les possibilités techniques du numérique permettent toutes formes de maquillage, de manipulation des textes et des images. Il y a là matière à réflexion, aussi bien en ce qui concerne l’édition que les enjeux éducatifs.
Ainsi, comment le graphiste peut-il encourager une utilisation raisonnée d’Internet vis-à-vis des écrits numériques ?
Ergonomie de la lecture sur écran
Aujourd’hui l’écran constitue la principale interface entre l’homme et internet. Les différentes technologies se succèdent au fil des améliorations de rapidité et de consommation, cependant le confort de lecture reste le même, dépendant du retro-éclairage qui fatigue les yeux sur une concentration longue.
Le papier électronique a été pensé pour contrer ce problème, en imitant la surface du papier avec une technologie de micro-billes aimantées, la lumière est réfléchie sur la surface : il n’y a donc plus de lumière directe et agressive.
Écrire à l’écran
Parallèlement à la lecture, l’écriture a aussi connu un profond bouleversement ces dernières années. On peut voir tout particulièrement dans le milieu estudiantin que les écrits s’élaborent majoritairement sur informatique. Les écrits manuscrits perdurent pour les prises de notes rapides ou les contrôles sur table. Pour le reste, les travaux d’écrits se font de plus en plus sur Word, TextEdit.
Le tout informatique possède des avantages considérables sur la rédaction manuscrite. La correction automatique, l’espace virtuel infini, la lisibilité accrue, et tant d’autres. Cette informatisation va permettre l’auto-édition en supprimant les intermédiaires de la chaîne éditoriale : l’auteur peut aujourd’hui concevoir sa propre mise en page et l’envoyer directement à l’imprimeur numérique qui produira un nombre d’exemplaire restreint. Cependant, cette suppression des composants de la chaîne éditoriale va nuire au domaine et le travail graphique du livre va s’appauvrir pour tendre vers le document “bureautique”.
Comment, en tant que designer graphique, peut-on garder une emprise sur le travail autonome de l’auteur / maquettiste ?
Sommes-nous condamnés à produire de simples peaux ou modèles de mise en page que le client pourra acheter à la carte, comme cela se fait pour les sites web ?
Les nouveaux internautes
Le travail sur les interfaces et les progrès en terme de communication ont amené de nouveaux internautes sur le marché. C’est aujourd’hui les retraités qui s’équipent et se forment à l’informatique pour accéder à la culture et aux systèmes de messagerie instantanée. Les grand-parents restent connectés avec leurs petit-enfants, ils peuvent partager les photos, les vidéos et se tenir au courant des activités de la famille. Il sera intéressant de se confronter à ces nouveaux utilisateurs qui possèdent des habitudes de lecture bien définies.
La transversalité du texte est mise en avant sur le web (hypertexte) alors qu’elle est implicite dans l’imprimé.
Le livre a pour lui de cacher les liens textuels dans sa narration. Le lecteur va découvrir un fil de narration ou de discussion au gré des pages, ainsi la transversalité du texte reste implicite car elle n’est pas visible avant l’action du lecteur. Le web va inversement présenter sa transversalité avant même que l’utilisation se plonge dans le contenu comme un squelette externe. D’ailleurs, l’un des atouts majeurs du web est de matérialiser les réseaux, les connexions ; qu’elles soient sociales ou textuelles. Ainsi c’est l’hypertexte qui est à l’origine du web (HTML : HyperText Markup Language) et il est aussi à l’origine des nouveaux comportements de lecture?
Paradoxes des formats d’écrans et des formats Web
Un des premiers constats par rapport au web et l’écran est celui du format et de sa cohérence au contenu. Les ordinateurs grand-public possèdent des écrans horizontaux, malgré cela, les matières du web sont principalement verticales. D’ailleurs, les webdesigners utilisent des écrans à la verticale pour élaborer et maintenir leurs sites.
Peut-on redonner de la cohérence au web sur le format des pages et extrapoler à l’interface globale du système d’exploitation et des logiciels ?


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